Et une séparation de plus. Un morceau de moi est parti, a pris la route pour le sud, là où il semble faire
toujours beau, là où le soleil réchauffe les coeurs et met de l'accent dans les conversation.
Une séparation de plus et déjà je ne sais plus qui il est et comment c'est être ensemble. Ca s'oublit trop
facilement et être à deux par intermittence pèse, et le poids augmente à chaque nouvelle séparation. On croit se connaître et puis on doit tout réapprendre. Des premiers rendez-vous avec lui j'en
ai eu une dizaine... Une chance ou une malédiction?
Faire le yoy. Entre les villes, Orléans, Chalon, Chalon, Orléans, Paris... Paris en pointillé, Paris en coup de
vent, Paris rapidement. Entre les gens, les amis, les autres amis, la famille, les amis... Je ne connais plus personne, je n'ai plus d'amis. Ceux d'Orléans sont trop neufs pour que j'en sois
assez proche, ceux de Chalon sont trop loin pour que je les connaisse encore. Où sont mes racines? Où est-ce que je vis? A qui parler, à qui se confier? Sinon à moi même? Je ne sais plus parler
de moi, je ne sais pas parler de ces problèmes qui n'en sont pas.
Alors tout va bien ; mais oui tout va bien. De quoi se plaindre, on m'a apprit à ne pas me plaindre. Je n'ai pas
de problème alors tout va bien.
Je ne sais pas où je suis bien. Chaque fois se réhabituer. A une façon de vivre. En communauté, avec la famille,
celle qui nous connait, il parait que c'est elle qui nous connait le mieux. Pourtant, la vie solitaire n'a rien à voir, ils ne savent pas ça, qui je suis là-bas. Se réhabituer à des habitudes
qu'on voulait retrouver. Parce qu'elles nous manquaient. On les reprend vite, mais la transition est difficile.
Ne pas savoir quand est-ce qu'on se verra la prochaine fois. On attendait ces moments avec impatience et on
compte les jours, on fait passer le temps à rebours, on a un but, on veut que le présent disparaisse. Une fois la fin du moment arrivée, on ne sait plus où aller, on ne sait plus quoi attendre,
on ne sait plus quoi penser. Perdu, dans une sorte de néant des sentiments.
J'ai reccommencé à me ronger les ongles, et il fau travailler et avancer et faire comme si tout allait bien,
parce que franchement ces soucis n'en sont pas. Avancer et continuer de faire le yoyo entre différentes vies, sans savoir laquelle est la bonne. Il n'y en a pas de bonne. Je ne suis pas la seule
dans cette situation, je sais bien, mais je sens la différence peser sur moi et l'isolement qui me retire tous mes moyens. Je ne sais pas si je suis de ceux qui vivent très bien tout seul,
indépendant et assumés ; libres. Ou si cette solitude me rend dingue et que dès que je le pourrais je retrouverai "les autres" dont j'ai besoin. Partir loin, à l'étranger, certains disent
que ça sera dur. Mais qu'est-ce qui pourrait être plus dur encore que d'être seule? Si c'est pour être seule, autant l'être et découvrir un nouveau pays, une culture, rencontrer des gens
nouveaux, différents... Je ne sais pas si j'en suis capable en fait, je ne sais pas si je pourrais...
Paris en coup de vent et les autres villes aussi. Orléans des semaines entières entre un appartement de 20 m² et
un lycée sans histoire. Qui le saurait si je mourrais dans mon sommeil? Quand s'en rendrait-on compte? Qui en premier? Ces personnes que je vois tous les jours alors que je ne l'ai pas voulu, qui
ne me connaissent pas, que je ne connais pas et chez qui rien ne m'attire. Presque rien, sinon notre quotidien forcé et les faux semblants.
Faux semblant avec tout le monde. Tout le monde sait ce que c'est que de rentrer seul chez soi le soir et
n'avoir personne à qui parler, de rien, de n'importe quoi. N'avoir personne à embrasser, personne à voir en chair et en os. Pas envie de cuisiner et du boulot à faire, alors on travaille comme on
peut et on rigole un peu devant des vieux épisodes de Friends en se disant Où sont mes friends à moi? Où est ma vie à moi? Qu'est-ce que je vais faire? Gagner de l'argent et faire comme tout le
monde, c'est à dire, au mieux pour survivre? Ou se faire plaisir et laisser tomber les schémas que l'on se jurait de détruire à l'adolescence?
Je voudrais réaliser mes rêves avant qu'ils ne disparaissent tous pour de bons. De désilusion en désilusion...
Jusqu'à ce qu'il ne reste plus que de l'amertume et l'idée qu'après tout, les petits bonheurs de la vie suffiront.
Je ne veux pas encore admettre que tout est perdu, j'ai encore soif de grand espaces et d'une vie de liberté.
Pas la même que tout le monde revendique. Se libérer de son histoire personnelle et même de sa personnalité, pour se sentir enfin soi même et libre de faire et d'être qui l'on veut. Se libérer
des tabous et des secrets qui n'exisent peut être même pas. Oublier que le monde est laid et que le passé vous rattrape toujours, oublier que l'on n'existe pas pour certains, puisque ce qui
compte c'est d'exister pour soi, de se sentir exister et que les autres crèvent. Chacun se soucie très peu des autres finalement, alors pourquoi se fatiguer à penser à eux? Ils se suffisent eux
même pour penser à eux même... Comme une adolescente je trouve que le monde n'est que du toc, de l'apparence et des faux semblants. Des obligations à remplir... Pour satisfaire Dieu sait qui. Je
voudrais trouver du vrai dans tout ça, de la profondeur. Quelque chose de dur et de rempli. D'entier.
Fatiguée de faire l'aller-retour entre les différentes moi. Chalon, Besançon, Orléans, Toulouse, Saint-Afrrique.
Et après, où? Paris, Lyon, ailleurs...
Je voudrais que l'on m'explique, tout ce que j'ai dans la tête et qui n'a aucun sens. Je voudrais qu'on m'aide à
trouver ce que je veux, ce que je vais faire et pourtant je crois que personne ne peut dire les mots et trouver la signification à ce que je suis. J'ai la certitude que je trouverai les réponses
ailleurs, plus tard, à force de découverte et de voyage, de rencontres... Ailleurs. Je ne me sens pas faite pour une vie médiocre et on me dira que je suis prétentieuse. Je ne veux pas être
prétentieuse mais en me reniant je n'ai pas fais le bon choix.
Je ne suis plus personne, je n'ai plus d'attache, je ne trouve personne à qui parler comme je me parle à moi. Et
se parler à soi même n'est pas déjà signe que je suis cinglée? Se dire que l'on doit être cinglé doit être preuve qu'on l'est vraiment.
Je ne suis plus personne, parce que je cherche à plaire à tout le monde à la fois, je m'adapte je glisse. A moi
je ne me plais pas souvent. J'aime imiter, j'aime plaire et faire rire. Mais qui je suis? Où est-ce que je suis bien? Où sont mes racines? En qui puis-je avoir confiance? Qui peut comprendre tout
ça?
Je me sens folle, je me demande si tout le monde a autant de chose dans la tête. Et alors après cette question,
je me dis, bien sûr tout le monde a des problème, pourquoi serais-je différente, je ne suis pas mieux ni moins bien, je suis comme tout le monde. Et vlan. Mon ego est surdimensionné et je me
trouve transparente.
Encore une séparation et l'inspiration qui me vient. Un morceau de moi même est dans le sud, là où tout parait
plus facile et plus chaleureux. Pourtant je ne fais que grimper, grimper dans cette France qui m'attirait plutôt par le bas.
Une séparation de plus et je ne trouve même pas de raison de pleurer, puisque maitenant je suis habituée. C'est
mon lot et chacun le sien.